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Le chateau de Bélâbre

Pour l’historien, c’est en 1372 que l’on trouve enfin trace d’un château fort, à l’occasion d’une lettre par laquelle le roi Charles V fait don à son ami le Chevalier de Pocquières du Chastel, de Bel Arbre, appartenant alors au duché de Guyenne, fief des Plantagenêts, et par là même anglais. Près de trois siècles plus tard, en 1648, l’acquisition de la châtellenie de Bélâbre par la famille Lecoigneux allait donner un essor nouveau à celle-ci.

La Famille Lecoigneux

I-Jacques Lecoigneux,

le nouveau propriétaire de la chastellenie de Bélâbre, était un personnage considérable dans le monde de la magistrature. Il était premier président au Parlement de Paris et joua un rôle prépondérant pendant les troubles de la Fronde.
Son existence fut assez agitée. Confident du duc d’Orléans, frère du roi, et mêlé à toutes ses intrigues, il vit ses biens confisqués par Richelieu, et dut quitter la France, à la suite de Marie de Médicis. C’est à Londres qu’il épousa, en troisième noces, Eléonore de Chaumont, dame d’honneur de la reine-mère et descendante des Pocquières.

A la mort de Louis III, il put rentrer en France, recouvrer ses biens; et, grâce à son influence à la cour, obtenir, après son acquisition de la terre de Bélâbre, Ajoux, Liglet, la Luzeraise et le Châtelier (lettres –royaux, 1649); et, le 8 juillet 1650, l’érection de ses domaines en marquisat.
Il ne dut faire que de rares apparitions dans son nouveau domaine et mourut avant le 1er mai 1652; mais Eléonore de Chaumont se fixa dans notre localité, où elle mourut en 1664.
Il est probable que c’est elle qui fit démolir en entier l’ancien château féodal, situé sur l’emplacement de la future orangerie et construire l’habitation de style Mansart, entourée d’eau par le creusement d’un bras artificiel de l’Anglin.
Chose étrange malgré les recherches les plus minutieuses, il nous a été impossible de trouver mention d’une trace quelconque de ce travail considérable. On a dû niveler complètement l’ancienne forteresse et ses fossés, effectuer des remblais importants dans les terrains bas et marécageux de la rive droite de l’Anglin, créer un terre–plein fort élevé pour asseoir sur pilotis les fondations de la nouvelle habitation, creuser un bras artificiel à la rivière, pour que la construction neuve et son « boulingrin »soient entourés d’eau, selon les goûts des grands seigneurs d’alors.
Des ouvriers nombreux et étrangers au pays ont dû s’installer ici pendant plusieurs années: ni dans les registres des curés, ni dans les archives du marquisat, il n’y est fait la moindre allusion.

II-Gabriel Lecoigneux (1646-1709).

Comme son père, Gabriel entra dans la magistrature et devint conseiller du roi en ses conseils, et maître ordinaire des requêtes.
Mais il dut s’occuper activement à améliorer l’opulente demeure de ses parents, et accroître encore, -ce qui suppose une fortune considérable-, les possessions déjà forte étendue du marquisat paternel.
Cette fortune, nous l’imaginons. Le premier membre connu de la famille Lecoigneux était un maître potier d’étain, Guillaume, qui vivait à Paris à la fin du XVème siècle, et mourut en 1505. Son fils, Gilles, devint procureur, en la cour du Parlement de Paris et épousa la fille d’un autre procureur, Geneviève Legendre. Au troisième degré, nous trouvons Antoine Lecoigneux, sieur de Lierville et de Bachaumont, qui servit plus de quarante ans comme conseiller du roi, maître en sa Chambre des comptes, et qui avait épousé Marie de Longeuil en 1567.

Le premier marquis de Bélâbre, fils d’Antoine, se trouvait donc déjà, dans son berceau, avec un titre de noblesse, de date récente, il est vrai, les économies de trois générations toujours en progrès.
On aura une idée de ce que l’esprit de spéculation et d’intrigue, qui caractérisa la vie du Président à mortier Jacques Lecoigneux, put ajouter, aux biens familiaux, quand on saura qu’il obtint de Marie de Médicis en une seule fois, un don de plusieurs centaines de milliers de livres pour les conseils donnés à son fils Gaston d’Orléans.
Nous ne saurons donc pas étonnés de trouver Gabriel Lecoigneux, soucieux, pendant la seconde moitié du XVIIème siècle, de constituer autour de son château le parc magnifique qui bordait l’Anglin depuis le pont de Bélâbre jusqu’au ruisseau de la Gâtevine. A cette époque, Bélâbre communiquait avec Prissac et St Benoît par un chemin qui, partant de l’église, formait d’abord une rue (aujourd’hui, le cul-de-sac, ou impasse de l’Orangerie, en est l’amorce), traversait un faubourg en dehors des murs de la ville, longeait le grand cimetière quelques pas plus loin, desservait le moulin de la Peurelle appartenant au seigneur de la Gâtevine; puis, par le Pré-au-Duc, rejoignait bientôt le chemin du Blanc à St Benoît.
Sur ce chemin, dès le faubourg, s’amorçait à droite, une autre voie descendant au gué de la Salle; et, vers la Peurelle, une autre, à gauche, montant vers la Croix de St Jean et les Taillis.
Les habitants de Bélâbre, d’autre part possédaient des terrains, jardins, prés et chènevières qui partant de la rue de l’église au pont (actuellement rue Pasteur, autrefois rue du Commerce), allaient jusqu’à la rivière, fermant ainsi tout débouché au nouveau château vers le vieux pont de la ville.
Pour constituer son parc et clore les murs de sa propriété, Gabriel Lecoigneux devait donc acheter le faubourg, supprimer le cimetière et trois chemins, se rendre propriétaire d’un moulin, de nombreuses pièces de terres et de vignes importantes que possédaient sur le coteau les artisans et bourgeois du lieu, ainsi que les jardins, les prés et chènevières en bordure de l’Anglin jusqu’à la porte de la ville basse.
Il y employa 25 années, de 1663 à 1697, et réussit.

Les immeubles furent acquis au prix fort, certaines maisons reconstruites en ville sur le plan même des anciennes et à la volonté des vendeurs, telles la maison Joannet, réédifiée rue Neuve, et la tannerie Belloux, réinstallée au Pleumartin, près du moulin.
Le grand cimetière disparut, et un nouveau fut créé à l’angle nord-ouest du parc, à l’intersection du chemin montant vers le faubourg de la Malécoterie et une nouvelle voie, large et droite qui longeant la clôture du parc allait rejoindre le chemin de St Benoît et remplaçait ainsi le chemin de la Peurelle.
Le cimetière nouveau occupait l’emplacement actuel de la Gendarmerie et les terrains avoisinant: on y enterra jusqu’en 1832.
Le moulin de la Peurelle cessa de tourner à la même époque et son barrage fut détruit ce qui permit, avec l’endiguement de la rive, d’élever le plan d’eau des bras de la rivière entourant le château.
Ajoutons qu’une canalisation de troncs d’arbres, creusée et frettés, donc on trouve encore les traces, devait amener dans les cuisines l’eau pure de la fontaine du Magnoux; mais nous doutons que cette coûteuse installation au travers des champs et des prés de la rive gauche, ait pu apporter à la demeure des marquis le confortable escompté: la différence de niveau entre le point de départ et celui d’arrivée étant insuffisante pour remplir le but qu’on se proposait.
Enfin, les acquisitions de domaines ne se comptent plus:
-en 1665, métairie de St Jean d’Ajou;
-en 1672, seigneurie de la Salle et de la Varenne, de Suzanne Depons;
-en 1676, fief et seigneurie de la Rue, pour 1250 livres;
-en 1677, une partie de Rocheblond le moulin de la Peurelle et des prés dans le parc, pour 22 000 livres;
-en 1682, le fief de Corcheron, paroisse de Liglet;
-en 1683, la terre et seigneurie de l’Epineau;
-en 1695, le prieuré de l’Epau, pour 150 livres de rentes;
-en 1700, la Chapelle, Charnoble, le Chêne et le moulin des Roches.

Gabriel Lecoigneux, qui avait épousé Madeleine Polart, mourut à Bélâbre en 1709, et laissait, pour lui succéder, Jacques, qui suit.

III-Jacques (2ème) Lecoigneux (1683-1728)

Il devint colonel du régiment de Bélâbre, puis brigadier des armées du roi. Ses occupations aux armées durent être absorbantes, tout au moins jusqu’en 1715, à la mort de Louis XIV; aussi n’a-t-on que peu de renseignement sur son activité locale; on sait cependant qu’il arriva à se ruiner complètement. Mais la marquise Marie-Anne Neyret de la Ravoye, qu’il avait épousée en 1714 et qui était séparée de biens avec son époux, sut conserver son importante fortune personnelle; en 1726, le marquis lui avait emprunté 334 240 livres un sole et trois deniers; il dut lui délaisser la terre de Bélâbre et les meubles du château, pour la somme de 300 000 livres. L’histoire ne dit pas s’il paya le surplus de sa dette, et les intérêts.
Se devait être une femme énergique que cette marquise. Nous la trouvons en une foule de circonstance, administrant le marquisat avec sagesse et fermeté; obtenant sentence, en 1725, pour la défense de chasser et de tirer le gibier dans toute l’étendue de la terre seigneuriale, recevant foi et hommage de ses vassaux, notamment de Messire François Césard Couraud de la Rochechevreux, qu’elle accueille « après qu’il eut quitté l’épée et les esprons, teste nue et le genouil en terre ».
En 1741 elle acheta la Gâtevine, seigneurie, château et domaines pour la somme de 65 450 livres.
Sur la fin de sa vie (elle mourut en 1757), elle s’était retirée dans un monastère de Chaillot, celui des Dames de Sainte Marie.

IV-Louis-Jacques Lecoigneux (1715-1789)

Il devint capitaine au régiment de Nicolaï; il épousa, en 1741, Marie Victoire Thomé de Ferrières; et jusqu’à la mort de sa mère, il dut vivre assez chichement.
Le 15 octobre 1750, il renonça par acte notarié, à la succession de son père « comme la croyant plus onéreuse que profitable; et il fait ladite renonciation sans fraude, pour n’avoir rien pris ni profiter de ladite succession, ni directement ni indirectement. »
Cette décision, que nous expliquons, puisque l’ancien brigadier des armées du roi avait fait de nombreuses dettes, nous cause pourtant une impression pénible, quand nous songeons à la situation considérable des marquis de Bélâbre; il y a des actions dont on n’a pas le droit de se montrer fier.
La situation de Louis Jacques Lecoigneux changea complètement au décès de la marquise douairière, qui lui laissait un riche héritage : l’hôtel seul de la Ravoye, à Paris, fut vendu 134 000 livres.
Aussi, dans les années qui suivirent, se multiplièrent de nombreuses et importantes acquisitions de terre:
-en 1755 et en 1757, les terres de Romefort et de Cochet;
-en 1763, la ferme de Laleuf, paroisse de Chalais;
-en 1780, l’arrentement du prieuré de Bélâbre

Louis-Jacques Lecoigneux mourut en 1789, à la veille de la Révolution.

V-Jacques-Louis-Guy Lecoigneux (1751-1813)

Son fils avait épousé en 1785, Barthelomée–Charlotte—Henriette von Nispen, dame d’Oucques. Il était chef d’escadron aux dragons de Buffers et aux chasseurs d’Alsace; et, en avril 1789 lieutenant des Maréchaux de France. C’est lui qui assista, à Bélâbre, aux débuts de la Révolution Française et y pris ses responsabilités jusqu’au moment de son émigration.


Qu’ils fassent carrière dans la magistrature ou dans l’armée, les Lecoigneux de Bélâbre n’eurent de cesse d’agrandir leurs possessions, en rachetant nombre de domaines des environs. La famille émigra pendant la Révolution mais, quelques années après, de retour de l’étranger, elle retrouva sans dommage l’ensemble de ses biens, château, forges et métairies et, en 1821, le marquis Jacques-Gabriel Lecoigneux de Bélâbre devint même maire de sa commune, fonction qu’exerça son fils.
En 1891, la lignée des Lecoigneux de Bélâbre s’éteignit, faute de descendants mâles. La veuve du dernier marquis de Bélâbre voulant vraisemblablement se venger des Bélâbrais qui, lors de son procès en divorce avaient massivement témoigné en faveur de son époux, décida peu avant sa mort, de vendre le château (en 1926) à la condition expresse que celui-ci fût démoli.
Du pittoresque vieux pont en dos d’âne on ne voit donc plus aujourd’hui que les soubassements de l’édifice et le vaste bâtiment des écuries reconnaissable à son toit à la Mansart (XVIIème siècle), quant au passé médiéval de Bélâbre, il en reste quelques traces, notamment dans la rue des remparts, nom bien évocateur et dans la rue Pasteur où subsistent des maisons du XVème siècle.

Textes tirés de la monographie de Bélâbre
de Maxime Jules Berry

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